Engager les élèves dans la lecture d’œuvres ou d’albums
Article mis en ligne le 26 novembre 2020
dernière modification le 27 novembre 2020

par Collectif Maîtrise de la langue

Vous souhaitez engager vos élèves dans la lecture d’albums ou d’oeuvres littéraires mais vous ne savez pas comment faire ? Vous avez entendu parler de ces « show and tell » américains, dispositif dans lequel des élèves présentent à leur classe un objet ? Dans notre contexte, ce serait une lecture personnelle, pour inciter les élèves de la classe à lire le livre. Vous avez rencontré sur Internet les « Booktubes » (l’aiguille creuse, Radium girls...) présentations de livres au format vidéo ? Ce format vous intéresse mais vous n’osez pas vous lancer en classe…

Ce que ce dispositif ne vous dit pas :

Les enseignants qui s’y sont essayés ont été confrontés aux manques d’échanges entre l’élève qui présente et ceux qui écoutent. Il est difficile d’échanger sur un livre que peu d’élèves ont lu. 

Dans tous les cas, en classe, cette situation d’oral ritualisée nécessite avant tout d’avoir construit une communauté de lecteurs, où la parole, l’écoute, le respect des autres sont instaurés. Ce travail peut être également conduit lors des APC, ce qui permet de renforcer les compétences mises en jeu auprès des élèves les plus fragiles.

Cette communauté se retrouve dans les cercles de lecture.

Nous faisons aussi le constat que les élèves ont des difficultés à dépasser la formule « j’ai bien aimé ». Ils racontent un peu l’histoire, sans donner la fin, puis font une conclusion, pour dire que ce livre est bien. Comment leur permettre d’enrichir cette présentation ?

Enfin, le rapport à la caméra est lui-même un obstacle.

Pour pallier ce manque d’échanges, nous proposons de faire de ce moment un véritable enseignement de lecture et de langue orale « apprendre à parler d’un livre » pour aider leurs élèves à mieux s’engager dans la lecture. 

Le projet décrit dans cet article concerne la classe de Véronique MANUELI, PEMF à l’école Jean Rostand à Lyon 6ème, avec la participation d’Alice Chareyron, ERUN sur la circonscription. Il a été expérimenté à partir de l’album "L’enfant qui dessinait des chats", un conte populaire japonais écrit par Arthur A. Levine et illustré par F. Clément, édité chez Pastel, École des loisirs (1993).

Présentation du projet : apprendre à parler d’un album ou d’une oeuvre littéraire 

Ce travail pourrait être une préparation à la réalisation d’un Booktube.

Objectif : Apprendre à parler d’un livre et construire collectivement et progressivement une bande-son « qui parle du livre » à la façon d’un « Booktube audio ». 

Pour cela, les enseignantes ont prévu à chaque bilan des séances d’enregistrer en audio les élèves. 
Cette étude est programmée sur la séquence de littérature, à raison de cinq séances sur une période. (La séquence présentée ici a été légèrement remaniée suite au bilan entre formatrices.)

La séquence est structurée en deux temps : 

-  Des séances de découverte de l’album, construites sur le même modèle (décrit ci-dessous)

-  Une séance de conclusion et d’enregistrement (décrite plus bas)

Une séance ritualisée

Se remémorer la lecture précédente

- La veille à la maison, demander aux élèves de relire le chapitre précédent à la maison (tapuscrit)

- En classe, demander à un élève de raconter le chapitre. Ce rappel de récit est complété ensuite par la classe. 

Comprendre le texte entendu

- La lecture est réalisée par l’enseignant.e afin d’inclure tous les élèves et de limiter l’objectif à la seule compréhension de l’histoire.

- L’enseignant.e pose des questions sur un point précis qui peut faire obstacle à la compréhension, la classe recherche des indices dans le texte.

- Les élèves partagent leurs réponses.

Apprendre à parler d’un livre

- Énonciation de l’objectif : on apprend à parler d’un livre. Aujourd’hui, on se met à la place des personnages. Que ressentent-ils ? On devine ce que l’auteur n’a pas expliqué. On cherche si on a déjà vécu le même dilemme que le héros…

- Passation de consigne : « Vous allez écrire dans votre cahier de littérature et vous mettre à la place du personnage. Dans sa situation auriez-vous ressenti la même émotion ? Avez-vous déjà ressenti cette émotion et à quelle occasion ? Vous pourrez partager votre texte avec la classe, ou le garder pour vous, si vous préférez. » 

- Travail individuel de 10 à 15 minutes

- Partage d’écrits avec la consigne de « On s’écoute, on ne se moque pas » avec enregistrement (téléphone) pour garder une trace des échanges. 

- Retour sur l’objectif. Comment peut-on parler d’un livre ? Rappel des idées des séances passées. 

Une séance de conclusion, pour construire ensemble

Les enseignantes présentent à la classe l’objectif de cette dernière séance : préparer et enregistrer un reportage audio sur l’album, pour expliquer de quoi il parle, ce qu’on a ressenti, en quoi il nous a touché, et inciter à le lire.
(Cette séance a été modifiée par rapport à celle conduite, afin d’éviter au maximum d’avoir à rechercher des enregistrements des séances précédentes, pour faciliter l’étape de montage.)

Les objectifs de l’enseignant :

-  Motiver la classe dans la réalisation d’un projet collectif pour communiquer

-  Apprendre à structurer : mettre en évidence le plan de la bande-son

-  Apprendre à parler : mettre en évidence différentes entrées

-  Évaluer les élèves : implication, réinvestissement et quantité d’oral
 
Le déroulement :

-  Présenter le projet (cf visuel ci-dessus). Chaque étape correspond à un enregistrement.

-  Collectif : raconter l’histoire, puis procéder à l’enregistrement 1.

-  Découverte des illustrations et recueil du ressenti des élèves, enregistrement 2.

-  Présentation des ateliers de discussion :

Ateliers thématiques : se mettre à la place du héros (enregistrement 3), faire des images dans sa tête (enregistrement 4), lire entre les lignes (enregistrement 5), les relations entre les personnages et leur évolution… Des ateliers peuvent être doublés.

Un ou deux ateliers de synthèse, la consigne étant « faites la liste de toutes les raisons de conseiller ce livre », (enregistrement 6).

Les ateliers thématiques disposent d’aides : des mots ou des questions, sous la forme de post-it. Chaque aide pourra correspondre à une intervention d’élève. Dans le groupe, les élèves lisent les post-it et développent à l’oral. Ils racontent aux autres ce que ça leur évoque dans le livre. 

Par exemple, dans le groupe qui parle du héros, de sa vie, de ses émotions, il y a le post-it "pauvreté" : Le héros est très pauvre, il n’a pas assez à manger et est fragile, alors sa mère s’inquiète pour lui... Il pourrait mourir. 

- Enregistrement du travail des ateliers. L’enseignant lit le post-it voire pose une question. Un élève du groupe prend la parole puis les autres peuvent compléter. (Les interventions de l’enseignants peuvent être coupées au montage et permettent de se repérer dans l’enregistrement.)

Par exemple, pour l’album « l’enfant qui dessinait les chats », étudié lors de cette séquence de littérature :

- Atelier « le héros » : pauvre, dessinateur, moine, peur de décevoir

- Atelier « ambiances » prolonge la séance sur le vocabulaire et l’étrange : Japon, le temple, la vie du héros, le roi des rats

- Atelier « les non-dits » : le combat (l’ellipse), la morale du conte, la magie, le mystère

Retour sur le projet

- Un bon investissement des élèves : participations orales, écoute des autres et engagement dans la création de la bande-son finale. 

-  Le recours à l’écrit lors de la dernière séance (non présenté dans cet article) a appauvri les productions des ateliers. Il a été remplacé par l’idée des post-it.

-  Les élèves ont formulé beaucoup de remarques très positives sur l’album, même s’ils n’ont jamais eu à se positionner avec la formule « j’ai aimé » ou « je n’ai pas aimé ».

Parenthèse numérique :

Le montage audio a été réalisé avec audacity.

Le montage vidéo ci-dessous a été réalisé sur ipad avec l’application " TalkR" (donner sa voix à une peluche, en insérant un mp3) et monté avec imovie. Le rendu est plutôt surprenant, mais bien trop chronophage. Les élèves ne reconnaissent plus leur voix.